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MILLER LEVY

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Miller Lévy
'LIMAGE

24 janvier - 6 mars 2020


L'IMAGE • 'LIMAGE

Quand Léonard de Vinci écrivit que l’art est chose mentale, c’est à Miller Lévy qu’il pensait. Il fut entendu par Youri Vincy qui comprit que l’art mental est infiniment plus aérien que le conceptuel aux lourdes intentions. À force d’inciter à des expositions, le propos de Léonard devint scie, ou plutôt : devint lime. Et du limage procède l’image.

Car, comme disait l’autre, le véritable ôteur est celui qui supprime. « Attention ! auteur limité » écrivit Miller Lévy. Aujourd’hui il ôte, il limite, il lime, il érode, il abrase, il incise, il grave. Pour ses gravures il utilise des plaques en forme de lime et il y grave des meules : des meules de foin — que les bons entendeurs saluent comme meules à meuler ; et quand ces meules prennent la forme de collines leurs pentes bien pentues disent encore l’érosion. C’est au point que la lime, considérée comme outil de graveur, est chargée de démontrer La Supériorité de la gravure sur la peinture, car elle permet au prisonnier que nous sommes tous peu ou prou de scier les barreaux de sa cellule alors que le pinceau ne fait que les enjoliver. D’autres limes sont par Miller Lévy découpées dans des gravures classiques dont les hachures forment surface limante (Limage de l’image). Parfois des limes liment par des fragments de gravures réagencés (Les Outils du cubisme), voire par les stries d’un carton ondulé lui-même sérieusement érodé. Une Lime clean 1944 est un ready-made à double entente, une lime bien propre car purgée de son calcaire par l’emploi d’un adoucisseur, un lime cleaner. On sait que, par ailleurs, Miller Lévy est producteur de « produits d’entretiens ».

Tout acte de gravure aggravée laisse des empreintes, qu’on appelle estampes. Celles-ci sont réclamées par le vide papier que sa blancheur ne défend pas, au contraire, car c’est la page blanche qui est en proie à L’Angoisse du même nom. Génitif subjectif. L’ôteur, lui, ne s’angoisse pas ; il peut même redevenir auteur, c’est-à-dire augmentateur, quand il ajoute de la matière pour réaliser ses monotypes. Étranges monotypes, pourtant, dont les titres imprimés sont en fait des polytypes. Ils ont été tirés en nombre pour que chaque exemplaire reçoive son monotype, unique, lui. Certains titres ont même été gravés et l’ôteur — le creuseur de métal — pour faire face à l’inversion que subit la plaque lorsqu’on imprime a écrit en miroir, de droite à gauche. Toujours Léonard de Vinci.

Certaines de ces estampes sont enrichies — ou faut-il dire signées ? — d’une empreinte digitale, qui forme empreinte sur empreinte. Le coupable a laissé la même et provocatrice empreinte sur la couverture d’un petit ouvrage de la collection Que sais-je ? intitulé La Police scientifique. Voilà qui recoupe les Que sais-je ? recomposés qui composaient les Oulipismes. Miller Lévy a signé ses aveux.

Il avoue que ses œuvres ne sont pas des œuvres au sens palpable. Léonard avait raison de penser à lui. Ses œuvres, choses mentales, se situent quelque part dans la conjonction de mots, d’actions et de ces menus indices : les images qu’il présente à notre attention. L’image = ’Limage. Tout est dans ce léger déplacement de l’apostrophe. Encore le public qui perçoit ce jeu ne perce-t-il pas l’allusion : la précession de l’apostrophe renvoie à la pataphysique ou mieux : à la ’pataphysique puisque telle est son « orthographe réelle » selon Alfred Jarry. Apostrophe qui distingue la ’pataphysique qu’on fait volontairement, comme le Régent Miller Lévy, de la pataphysique involontaire, « substance de ce monde » — ainsi a statué le Collège de ’Pataphysique. Au Calendrier du Collège Léonard de Vinci est qualifié d’ « illusionniste ».

Aussi légères et élégantes qu’elles paraissent, les œuvres de Miller Lévy sont aussi une confession, une discrète confession personnelle, car miller c’est justement le meunier, celui qui meule.

THIERI FOULC
Satrape



Miller Lévy    
Né en 1950.        
Vit et travaille à Paris.    

Parce qu’il fait des choses très variées, Miller Lévy se présente comme artiste de variétés, ce qui lui permet d’aborder les divers aspects de l’art contemporain : peinture, sculpture, vidéo, dessin, installation, design, photo.
De cette variété, il ressort une constante, une volonté de logique qui lui fait chercher la justification pour chacune de ses créations, comme autant de modèles réduits ou agrandis de la réalité, mêlant poésie, humour et ironie.

Expositions personnelles :

2015     Autour de la philosophie floue, Maison de la Poésie, Paris.
2014     Comment vivre au dessus de ses moyens, galerie Lara Vincy, Paris.
2009     Minimalismes, salon Drawing Now, one man show, stand galerie Lara Vincy, Carreau du Temple, Paris.
2008     Minimalismes, galerie Lara Vincy, Paris.
2007     Monochromes, gallery Atski, University of Art and Design, Helsinki, Finlande.
2004     La place du sujet est devant le verbe ou derrière l’objectif, Mois de la Photo, galerie Lara Vincy, Paris.
            La dynamique des couleurs, galerie Lara Vincy, Paris.
2001     Ozokérit, galerie Lara Vincy, Paris.
            Galleria dell’Immagine, Cesena, Italie.
1999     La philosophie floue, galerie Lara Vincy, Paris.
            L’Aprèshistoire, Maison Européenne de la Photographie, Paris.
1998     Les enquêtes du commissaire Dekspo, galerie Lara Vincy, Paris.
1996     Les nouveautés du Moi, galerie Lara Vincy, Paris.
1995     Artiste de variétés, galerie Lara Vincy, Paris.
1988     Sur la route de Mylar, Centre Georges Pompidou, Atelier des enfants et Forum, Paris.

Collections publiques :

Fonds national d’art contemporain, Paris / Maison Européenne de la Photographie, Paris / N.S.M. Vie, Paris / Bibliothèque Nationale, Cabinet des Estampes, Paris / Collection Polaroid, Cambridge, Etats Unis / Fonds d’art contemporain – Paris Collections, Paris / Frac Alsace, Sélestat / Cité des Sciences et de l’Industrie, La Villette, Paris.